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Réseau des Intersexué-e-s Francophones d'Europe

R I F E


Mutilés

Naître dans un monde si beau 
Où la première question qu'on entend est : 
"Est-ce un garçon ou une fille ?" 
Moi j'ai manqué de pot.
Je suis né-e de sexe indéterminé.
On a fait de moi une fille.

Et oui une fille c'est plus facile à fabriquer. 
En plus pas trop de question à se poser, 
Puisque les plaisirs futurs d'une fille n'ont pas d'intérêt. 
Une femme n'a pas besoin de sexualité.
Le seul plaisir considéré 
Est celui qu'à un homme elle pourra donner.

Sur l'état civil, il faut choisir mâle ou femelle.
Alors on tranche, on ampute, on charcute.
Masquer la contingence du prétendu naturel 
En voilà un bien noble But ! 
Avorter toute remise en cause de la norme 
Du système binaire de représentation morne.

Je me sentirais mieux dans un corps d'homme 
On m'a "corrigé" d'un coup de gomme 
Je suis né-e intersexué 
On m'a rendu transsexué 
On m'a tranché, amputé, charcuté 
Sans état d'âme on m'a mutilé! 

Cris Yaves


* Sexe juridique : sexe attribué à la naissance par un certificat médical. Ce sexe ne peut être changé sans de longues procédures et à condition que la personne concernée soit classée par une commission de psychiatres comme atteinte du syndrome de la dysphorie du genre. En psychiatrie une personne qui est dysphorique se prend pour quelqu'un qu'elle n'est pas. Exemple : se prendre pour la réincarnation de Napoléon. La dysphorie du genre concerne les personnes qui s'imaginent être du sexe opposé alors qu'elles n'ont aucune caractéristique du sexe dit opposé. Il est donc particulièrement stigmatisant de classer des personnes intersexuées dans ce syndrome alors que biologiquement elles ont des caractéristiques objectivement vérifiables du sexe dit opposé. Il est aberrant, irrationnel, non objectif de vouloir ranger ces personnes dans un syndrome psychiatrique. C'est la société qui relève de cette dysphorie car elle ne veut pas voir la réalité des sexes intermédiaires pour des raisons culturelles et dogmatiques. 
Rappelons que le RIFE est pour une évolution de l'état civil où le sexe de toute personne ne serait pas inscrit
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Article d'opinion

Nous sommes solidaires des personnes intersexuées qui rejettent le sexe attribué arbitrairement à leur naissance
par Sabrina Kalsem

Certain-e-s intersexué-e-s, malgré leur condition de victime directe dans leur chair et leur âme du concept absurde de la dichotomie des sexes, n'échappent pas au conditionnement de la société. 

Ce n'est pas parce qu'on est une femme que l'on est automatiquement féministe. De même ce n'est pas parce qu'une personne est intersexuée qu'elle se débarrasse automatiquement du lavage de cerveau qui est pourtant la cause de son mal-vivre. 

En psychologie cette réaction d'une victime devenant complice inconsciente d'oppresseurs est un phénomène connu sous le nom du complexe de Stockholm en référence à des otages qui après de longs mois de séquestration finissaient par excuser leurs bourreaux afin d'atténuer l'injustice de leur séquestration. En effet, il est plus facile d'accepter une oppression lorsque l'on se persuade qu'on est quelquepart un peu coupable. N'oublions pas non plus que ce sont des bébés, des très jeunes enfants qui subissent les mutilations, les souffrances, les traumatismes qu'impose cette société abjecte pour les "normaliser". Ils seront définitivement marqués à vie. Un complexe profond de honte sera enfoui pour toujours au sein de leur jeune être. 

Le rôle d'organisations telles que l'OII et le RIFE est certes d'agir en soutenant toutes les personnes intersexuées victimes de la société mais encore plus d'agir pour éradiquer la cause qui génère les persécutions. Nous avons la mission sacrée d'éradiquer le mal. Nous devons nous battre pour que nos soeurs et frères qui vont naître viennent dans un monde meilleur, dans un monde qui accepte leurs différences afin que ceux-ci ne souffrent pas ce que nous avons souffert. 

Ce n'est pas parce qu'on est une femme qu'on est une victime. C'est l'inverse : c'est parce que la société est sexiste que les femmes sont des victimes. Ce n'est pas parce qu'on est intersexué qu'on est une victime. C'est l'inverse : c'est parce que la société, contre toute évidence, n'admet que deux sexes que les intersexués sont classés comme des monstres et sont donc l'objet de traitements totalitaires de normalisation. Faire admettre qu'il n'y a pas que deux sexes donnera aux personnes intersexuées le respect et la place qu'elles méritent dans la société et cessera de faire d'eux des monstres.

Lorsqu'on est de condition intersexuée, il peut sembler paradoxal de se dire être le résultat normal de la biodiversité naturelle de l'être humain et en même temps réclamer des traitements médicaux. C'est vrai mais il ne faut oublier que personne ne peut échapper à la pression de la société. En l'état actuel de la société - sauf pour les intersexués aux personnalités très fortes ou modéremment intersexués - il peut être particulièrement inconfortable psychologiquement et dans la pratique des relations sociales (famille, relations intimes, cadre professionnel, voyages, contrôles aux frontières..) de ne pas correspondre à l'idée de la société de ce que doit être un homme ou une femme. Auquel cas certains intersexués - mais adultes seulement car libres de faire leur choix- choisiront la voie dite médicale de la "normalisation". Nous devons soutenir davantage ces personnes deux fois plus victimes que les résistant-intersexués. 

Du fait de leurs conditions biologiques de sexe intermédiaire, les personnes intersexuées doivent avoir le libre choix de se classer dans le sexe juridique qu'elles seules peuvent juger comme étant le plus proche des normes arbitraires de la société actuelle. Aussi : 

Nous devons exiger que ces personnes intersexuées qui rejettent leur sexe officiel :
- ne soient pas classées comme atteintes de la dysphorie du genre.
- que le choix vers l'un ou l'autre sexe officiel leur soit laissé totalement libre.
- qu'aucun traitement dit médical de "normalisation" ne soit obligatoire pour obtenir le sexe juridique choisi, comme notamment des mutilations génitales.

Autrement, ces personnes intersexuées seraient doublement stigmatisées. Elles seraient à la fois anormales par leurs conditions biologiques et par leur état psychologique alors que le sexe qui leur a été attribué à la naissance l'a été selon la décision d'un médecin forcément faillible car il n'existe pas de formation médicale sérieuse - y compris pour les pédiatres - pour les cas d'ambiguïté sexuelles à la naissance. Le sexe de l'enfant est attribué en urgence car la déclaration du sexe de l'enfant à l'état civil ne peut attendre. 

Ce ne sont donc pas les personnes intersexuées qui sont dysphoriques du genre mais la société qui fait la politique de l'autruche en ne voulant voir que deux sexes. C'est pourquoi nous sommes totalement solidaires de ces personnes intersexuées victimes très souvent de l'incompétence médicale dans l'attribution du sexe de naissance.


Note + du 25.08.05 : 
Cet article a fait l'objet d'un remaniement important sur la forme après les remarques très justifiées d'une scientifique généticienne de Grande-Bretagne. Nous la remercions pour sa contribution.
Vous trouverez ce même article en langue anglaise.

Copyleft 2005, association RIFE - Page créée le 23.07.05 - Modifiée le 24.08.05
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